Wednesday, November 25, 2015

Pourquoi a-t-on le dollar HAÏTIEN ?

Pourquoi a-t-on le dollar HAÏTIEN ?

  • Ça va vous coûter 50, 000 gourdes.
  • Pardon, combien d’argent ça fait ?
  • 10,000 dollars
  • Merci
Pour vous lecteurs qui vivez en Haïti depuis un certain temps, il y a une évidence certaine qu’ici nos deux interlocuteurs ne parlent pas du dollar américain. Pour ceux qui sont branchés l’actualité des taux de change dans le monde, il est aussi évident qu’on ne parle pas de dollars américains. Pour les autres personnes qui liront cet article, inutile de vous triturer le cerveau trop longtemps, je vous le dis tout de suite, les devises en question ici sont la gourde et le dollar…haïtien.

Nous savons tous que la gourde est la monnaie nationale haïtienne alors d’où vient cette histoire de dollar haïtien qui intervient couramment dans les transactions effectuées dans la vie quotidienne. Pour plusieurs, ce phénomène est apparu après que le système monétaire international soit passé d’un régime de changes fixes à un régime de changes flottants en 1973. Alors c’est quoi le dollar haïtien ?  Pourquoi les haïtiens l’utilisent-ils et quelles sont les implications économiques et/ou sociales de ce phénomène ? 

D’abord un peu de vocabulaire….

Nous disons qu’un régime de change est l’ensemble des règles qui déterminent l’intervention des autorités monétaires d’un pays ou d’un ensemble de pays sur le marché des changes. Les régimes de changes actuels sont très variés mais sont distribués entre deux extrêmes : le régime de changes fixes et le régime de changes flottants. Un régime monétaire est dit de changes fixes lorsqu’une autorité monétaire d’un pays, une banque centrale, attribue une parité de change fixe entre sa monnaie et une autre monnaie (ou un ensemble d’autres monnaies). Dans le régime monétaire dit de changes flottants, le taux de change entre deux monnaies est déterminé librement suivant le jeu de l’offre et de la demande de ces monnaies sur le marché de changes.

Le marché des changes, appelé FOREX (pour Foreign Exchange market) est le lieu où s’effectue les différentes transactions entre les monnaies des différents pays.

Un peu d’histoire…

C’est en 1944 que la conférence de Bretton Woods organisait le Système monétaire international suivant un régime de changes fixes avec le dollar américain comme monnaie de référence. Toutes les monnaies étaient liées au dollar qui lui-même était lié à l’or suivant un taux de change fixe. Économiquement, cela supposait une grande confiance des agents économiques dans le dollar et que le budget fédéral ne devienne jamais déficitaire. Environ deux décennies plus tard, le commerce international s’est amplifié, les agents économiques demandaient de plus en plus de liquidités et le budget américain enregistrait ses premiers déficits. Certains pays ont commencé alors à adopter le régime de changes flottants alors que certaines monnaies se renforçaient. En 1973, la conférence de Kingston consacrait les régimes de changes flottants comme mode d’organisation du système monétaire international. Et bien que le dollar soit resté une monnaie forte, il n’est plus échangé à un taux fixe contre les autres monnaies.



Revenons à nos moutons…Que se passait-il en Haïti à cette époque ?

La relation gourde-dollar (américain) a toujours été instable. On se souvient tous très bien de la fameuse période de l’histoire haïtienne où notre monnaie nationale était appelée « zorèy bourik » sous la présidence de Sylvain Salnave parce que le dollar s’échangeait contre 1000 unités de gourde. C’est le 19 mai 1913, à la suite d’une période de dépréciation de la gourde par rapport au dollar que le gouvernement haïtien et le gouvernement américain se sont entendus pour fixer la parité du taux de change gourde-dollar à cinq (5) gourdes pour 1 dollar.  Ce taux de change fut appliqué jusque dans le milieu des années 80. Les années qui suivirent, virent le taux de change de la gourde par rapport au dollar varier à la hausse, s’écartant de la parité fixée pour ne jamais revenir à son niveau normal, le cadre macroéconomique mondial aidant. Ce qui poussa le gouvernement haïtien à s’aligner alors avec les décisions de l’accord de Kingston votées quelques années plus tôt en adoptant un régime de taux de changes flexibles.

On peut imaginer qu’aujourd’hui, 35 ans plus tard, les haïtiens soient toujours habituer à échanger cinq (5) gourdes pour un (1) dollar. Le dollar américain n’étant plus alors échangeable à ce taux « traditionnel », la nouvelle devise non officielle prit le nom de « dollar haïtien » et est couramment utilisé par la population. Suivant cette tendance, certaines entreprises ont emboité le pas. Il est alors devenu courant de voir des prix affichés en dollar haïtien dans les restaurants, les supermarchés et d’autres entreprises. Les transactions au niveau des marchés traditionnels de produits s’effectuent en gourdes mais les prix sont souvent étiquetés et désignés en dollar haïtien. Plusieurs personnes affirment qu’ils comptent leur argent en dollar haïtien.

Et alors, Qu’est-ce que ça fait ?

Sans chercher à dramatiser, nous allons dire que cela pose déjà un problème au niveau de la communication. Si l’état doit garantir la libre concurrence au niveau des marchés, il existe un aspect sur lequel il faut insister : l’information.  Sans citer les théories sur les conséquences des asymétries d’information sur la concurrence, on va simplement dire que la concurrence n’est pas parfaite lorsque les agents n’ont pas les mêmes informations ou que l’information que ceux-ci possèdent n’est pas comprise de la même façon par eux tous. Théoriquement, on ne sait pas s’il existe un seuil où un haïtien moyen soit obligé de faire appel à la notion de « dollar haïtien » afin de se sentir confortable avec le chiffre en gourde qu’il a devant lui mais, on va dire que, si ce seuil existe, cela pourrait entraver grandement la clarté d’une communication ayant rapport avec un montant en gourde. Par exemple, quand on parle d’un budget de 3 500 000 (trois millions) de gourdes à la radio ou dans un media quelconque, quelle frange de l’auditoire conçoit, comprend et est capable d’évaluer normalement ce chiffre en terme de valeur monétaire ?

Pour certaines personnes, faire appel au dollar haïtien est utile quand on arrive dans les mille cent unités de gourdes. Par exemple, il serait plus facile de comprendre qu’un produit coûte 3 573 dollar haïtien que 17 865 gourdes.  De ce fait, il se pourrait que le prix d’un produit affiché en dollar haïtien paraisse moins cher que s’il est affiché en gourdes.

D’autres conséquences pourraient découler de cette situation mais surtout pour les étrangers et les touristes non avisés de passage en Haïti qui risquent de payer en dollar américain, des produits étiquetés en dollar haïtien.

Alors, pensez-vous qu’il faut combattre le dollar haïtien ?  ….. À vous !







2 comments:

  1. Vu que notre devise est la gourde, il devient plus qu'urgent de combattre le dollar haïtien. Bon texte

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  2. Il y a un côté du charme (fou) lorsqu'une mythologie pareille, l'existence d'une monnaie qui n'existe pas, fait partie de la vie quotidienne et économique du près de 10.million de personnes. Mais, vraiment, c'est pas très 'cute'. Pour moi, c'est symptomatique d'une mentalité fixée sur le passé. Je comprends, parfois je me fixe au passé également. Vaut mieux évoluer. Passons à l'aujourd'hui. Que la gourde ou le $ américain, stp.

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