Friday, February 24, 2017

Pour améliorer nos carnavals

Notre Carnaval national est l’une des plus populaires de la région et des plus grandioses aussi. Aucune autre activité festive n’a la capacité de mobiliser et de déplacer autant d’haïtiens, résidents nationaux, diasporas et mêmes des étrangers, à l’intérieur et vers notre territoire. Pour cela, nous sommes un grand nombre à affirmer que le carnaval est pourvu d’une grande potentialité économique, culturelle et touristique. Cependant, chaque année, l’organisation de cette fête est critiquée et malgré de ponctuels moments de satisfaction, sur le long terme le carnaval reste une déception par rapport à ce qu’il pourrait être.  A la vérité, aujourd’hui, alors qu’on a l’impression que le pays fait des progrès dans plusieurs domaines (le tourisme, par exemple), on a du mal à accepter que des fonds du trésor public financent une fête populaire que nous organisons annuellement et qui a les potentialités de s’autofinancer à défaut de générer des profits. Nous ne disons pas par-là que les carnavals ne génèrent pas de profits. Si l’on croit les données officielles sur la dernière édition du carnaval des fleurs annonçant que 85% des dépenses d’organisation de la dite édition ont été couvertes par le secteur privé, il est difficile d’affirmer que nos carnavals ne sont pas rentables. La vraie question n’est donc pas de se demander si les carnavals sont rentables ou non mais plutôt à quelle frange de notre population profitent-ils. La réponse n’est sûrement pas la tranche de la population en situation de pauvreté et d’extrême pauvreté de nos villes et campagnes en quête d’emploi, qui en passant constitue le public principal de ces festivités.  Il est vraiment temps pour Haïti de faire mieux en la matière et de transformer ce qui, aujourd’hui, s’apparente plus à un plaisir coupable en une vraie entreprise génératrice de profit et d’emplois et donc, porteuse de croissance économique.
Oui, mais comment ? Ma proposition pour améliorer l’organisation de nos carnavals s’articule autour de deux actions :
1. L’institutionnalisation : Le cadre suivant lequel on organise actuellement le carnaval ne convient pas à la dimension populaire de l’activité et ne favorise pas son expansion. Pour rentrer dans une ère nouvelle, le carnaval doit devenir une institution de la vie nationale permanente et autonome (sous la tutelle du Ministère de la Culture). Une Institution avec un nom adéquat et la fonction d’organiser chaque année les éditions du carnaval et de soutenir les autres fêtes populaires (fêtes champêtres, etc.)
2. Une organisation qui favorise la participation populaire : Le carnaval est une fête pour le peuple mais ce dernier est mis à l’écart de tout le processus décisionnel qui aboutit aux défilés sur les différents parcours. L’une des meilleures façons d’organiser cette activité serait d’adopter un processus de sélection par vote populaire à la « Digicel Stars ». Ainsi donc, des votes par appels ou sms auraient lieu après une première sélection pour designer dans un premier temps, la ville qui accueillera le carnaval, en supposant que nous maintenons la nouvelle pratique lancée par l’actuel gouvernement.   Une autre période de vote désignerait les groupes participant au défilé. Enfin, une dernière série de votes permettrait de récompenser les meilleures prestations et décorations du carnaval. Avec l’institutionnalisation, l’utilisation de l’internet permettrait de recueillir les votes des nombreux haïtiens vivant à l’étranger.
Avec ces trois types de votes nous révolutionnerions l’organisation du carnaval et nous résoudrions certains problèmes récurrents dans l’actuelle organisation : 
a. Le problème de la rentabilité : Ces votes qui ne seraient pas gratuits permettraient au Carnaval de recevoir un premier jet de financement indépendant des fonds du trésor public et de la rentrée des touristes ou des diasporas, etc. Ce modèle a fait ses preuves puisque depuis quelques temps, « Digicel Stars » qui était soutenu dans ses débuts par la « Digicel » est aujourd’hui son propre sponsor (qu’on me fasse savoir si j’ai tort). Avec la popularité dont jouis déjà le carnaval auprès de la population, nous pouvons espérer un engouement des carnavaliers qui auraient alors l’opportunité de participer au choix des groupes pour le défilé. Nous parlons en fait de carnavalier dans un sens plus large du terme puisqu’alors même une personne n’ayant pas le désir et/ou la possibilité de se rendre sur le parcours du carnaval aurait son mot à dire et cela inclut une grande partie de la diaspora haïtienne.
b. Le problème de la transparence au niveau du choix des groupes musicaux participant au défilé : Le choix des groupes musicaux participant au défilé effectué par vote populaire mettrait directement en relation la popularité du groupe et/ou de sa meringue et sa participation au défilé. Cela permettrait de confirmer le statut de « tenor » de certaines formations musicales et donnerait aussi l’opportunité à de jeunes formations musicales peu connues ayant concocte une bonne meringue de se tailler une place dans le défilé. 
c. Le problème de l’autorité du Comité organisateur : Avec la responsabilité de fixer les délais et la période des différents votes, le Comité organisateur du carnaval aurait un pouvoir réel pour exiger des groupes musicaux de préparer leurs meringues et leurs vidéoclips  et de les soumettre à temps.
d. Les problèmes liés à la délocalisation du Carnaval : Avec la nouvelle pratique de délocaliser le carnaval, il est devenu important pour les acteurs économiques et administratifs locaux de disposer de l’information qu’une édition du carnaval aura lieu dans leurs localités au moins une année à l’avance afin de favoriser les anticipations et d’attirer de potentiels investissements. Un vote populaire tous les deux ans pour designer sur les deux prochaines années les villes qui accueilleront le carnaval pourrait remédier aux problèmes d’organisation qui surviendraient en annonçant par exemple quelques mois seulement la tenue du carnaval dans telle ou telle commune du pays.
Le résultat final de tout cela est un carnaval institutionnalisé et mieux organisé capable de faire payer des droits de retransmission d’images à l’étranger et donc, susceptible de projeter une autre image du pays en appui au développement du tourisme, de la culture et du commerce. C’est aussi sur quelques années une institution financièrement solide capable de contribuer directement et indirectement à l’assiette fiscale de l’Etat en vue du développement économique du pays.
Malheureusement, je ne peux moi-même voir qu’une toute petite partie du bienfait que cela engendrerait. A vous de voir le reste !

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